Poeta Profeta

                         Armand Robin :
Le programme en quelques siècles
(Il programma dei prossimi secoli)

On supprimera la Foi
Au nom de la Lumière,
Puis on supprimera la lumière.
(Sarà soppressa la Fede
A nome della Luce
Quindi sarà soppressa la Luce)

Au nom de la Raison,
On supprimera l’Âme
Puis on supprimera la raison.
(Sarà soppressa l’Anima
A nome della Ragione
Poi sarà soppressa la Ragione)

On supprimera la Charité
Au nom de la Justice
Puis on supprimera la justice.
(Sarà soppressa la Carità
A nome della Giustizia
Poi sarà soppressa la Giustizia)

On supprimera l’Amour
Au nom de la Fraternité,
Puis on supprimera la fraternité.
(Sarà soppresso l’Amore
A nome della Fraternità,
Poi sarà sarà soppressa la Fraternità)

On supprimera l’Esprit de Vérité
Au nom de l’Esprit critique,
Puis on supprimera l’esprit critique.
(Sarà soppresso lo Spirito di Verità
A nome dello Spirito critico
Poi saà soppresso lo spirito critico)

On supprimera le Sens du Mot
Au nom du sens des mots,
Puis on supprimera le sens des mots
(Sarà soppresso lo Spirito del Verbo
A nome del senso delle parole
Poi sarà soppresso il senso delle parole)

On supprimera le Sublime
Au nom de l’Art,
Puis on supprimera l’art.
(Sarà soppresso il Sublime
A nome dell’Arte
Poi sarà soppressa l’Arte)

On supprimera les Écrits
Au nom des Commentaires,
Puis on supprimera les commentaires.
(Saranno soppressi gli Scritti
A nome dei Commenti
Poi saranno soppressi i commenti)

On supprimera le Saint
Au nom du Génie,
Puis on supprimera le génie.
(Sarà soppresso il Santo
A nome del Genio
Poi sarà soppresso il genio)

On supprimera le Prophète
Au nom du poète,
Puis on supprimera le poète.
(Sarà soppresso il Profeta
A nome del poeta
Poi sarà soppresso il poeta)

On supprimera l’Esprit,
Au nom de la Matière,
Puis on supprimera la matière.
(Sarà soppresso lo Spirito
A nome della Materia
Poi sarà soppressa la materia)

Au nom de rien on supprimera l’homme;
On supprimera le nom de l’homme;
il n’y aura plus de nom;
nous y sommes.
(Nel nome del nulla sarà soppresso l’uomo ;
Il nome dell’uomo sarà soppresso;
non ci saranno più nomi;
ci siamo) .

 

 

 

L’Union Soviétique, empire des bourgeois sauvages
(L’Unione Sovietica, impero dei borghesi selvaggi)

Armand Robin

 

Ils ont entendu un oiseau chanter :
– Pourquoi chante-t-il, celui-là ?
– Quelle est sa situation ?
– A-t-il une autorisation ?
– A-t-on pris des renseignements sur lui ?
– Et d’abord d’où lui vient cette branche ?
– Et ces feuilles ? Et ce ciel autour de lui ?
– Et surtout comment se fait-il
– Qu’il chante ?
– C’EST TRÈS SUSPECT !
– ÉTABLISSEZ VITE UN DOSSIER !
Et voilà pourquoi maintenant on voit
Des policiers contre oiseaux dans tous les bois

(Hanno sentito un uccello cantare :
-Perché canta, quello là ?
-Qual é il suo profilo ?
-Ha un permesso ?
-Abbiamo preso informazioni su di lui?
– E, prima di tutto, da dove viene questo ramo?
-E queste foglie? E questo cielo intorno a lui?
-E soprattutto come fa a
– cantare?
È molto sospetto!
-Aprite subito un’indagine!
Ecco perché adesso si vedono,
In tutti i boschi,  dei poliziotti contro gli uccelli.)

 

Armand Robin

Lettre à la Gestapo

Preuves un peu trop lourdes de la dégénérescence humaine, il m’est parvenu que de singuliers citoyens français m’ont dénoncé à vous comme n’étant pas du tout au nombre de vos approbateurs.

Je ne puis, messieurs, que confirmer ces propos et ces tristes écrits. Il est très exact que je vous désapprouve d’une désapprobation pour laquelle il n’est point de nom dans aucune des langues que je connaisse (ni même sans doute dans la langue hébraïque que vous me donnez envie d’étudier). Vous êtes des tueurs, messieurs ; et j’ajouterai même (c’est un point de vue auquel je tiens beaucoup) que vous êtes des tueurs ridicules. Vous n’êtes pas sans ignorer que je me suis spécialisé dans l’écoute des radios étrangères ; j’apprends ainsi de précieux détails sur vos agissements ; mais, le propre des criminels étant surtout d’être ignorants, me faudra-t-il perdre du temps à vous signaler les chambres à gaz motorisées que vous faites circuler dans les villes russes ? Ou les camps où, avec un art achevé, vous faites mourir des millions d’innocents en Pologne ?

Si je vous écris directement, messieurs, c’est pour remédier au manque de talent de mes dénonciateurs ; cette variété de l’espèce humaine, particulièrement fréquente sous les régimes vertueux, manque de subtilité et de perfection ; je suis persuadé qu’elle ne m’a pas dénoncé à vous avec le savoir-faire qui s’impose dans cette profession. Vous avouerai-je qu’il y a dans ce manque d’achèvement quelque chose qui me choque et que je tiens à corriger ? Je voudrais, par simple goût du fini, suppléer aux déficiences de ceux qui veulent ma mort.

Je suis las des menaces vagues, des dangers imprécis, des avertissements renouvelés, des inquiétudes non portées à l’extrême. Vous créez, messieurs, un monde tel qu’on ne sait plus s’il ne vaut pas mieux être immédiatement arrêté plutôt que de s’entendre dire chaque matin : « Prends garde à tes regards, prends garde à tes pas, prends garde à tes doigts, à tes épaules, à tes orteils, car tout en toi est fort dangereux ! » On veut, messieurs, m’empêcher de faire le moindre pas, car, me dit-on, votre courroux s’étend au-dessus de moi ; eh bien ! messieurs, non seulement j’ai décidé de continuer à faire des pas, mais encore j’ai décidé de courir.

La Renommée, cette déesse présentement bien florissante, répand par toute la ville que je suis un fou. Sans doute est-ce cela qui vous retient ; je voudrais détruire en vous ce scrupule qui m’est profitable ; je puis vous assurer : je suis le contraire d’un fou et j’ai une conscience fort exacte de tout ce que je fais. Ce n’est pas être fou que de dire en toute circonstance la vérité ; la vérité est toujours bonne à dire, et singulièrement lorsqu’elle est sûre d’être châtiée. La somme de délectation que j’éprouve à vous dire directement : « TUEURS, VOUS ÊTES DES TUEURS » dépasse les délectations que vous aurez à me tuer.

Je voudrais être menacé avec précision. Et d’autre part ce serait mal respecter l’ordre de l’assassinat, qui devient l’ordre coutumier de ces temps, que de contraindre les candidats à mon assassinat à fouiller toute la ville pour me trouver ; mon adresse actuelle, messieurs, est ignorée de presque tous ; la voici. Venez ! Je ne m’en irai pas ! Je laisserai même la porte ouverte. Vous m’y trouverez sans fatigue en ces heures très matinales où, jeannots lapins d’un nouveau genre, vous vous plaisez à commencer vos inédits ébats.

Messieurs, vous aurez été sans doute quelque peu surpris qu’en tête de cette lettre, je vous aie nommés : « Preuves un peu trop lourdes de la dégénérescence humaine » ; il est peu probable que les singuliers citoyens français qui vous fréquentent soient à même de vous expliquer le sens de cette appellation ; je suis enclin à croire qu’ils ne doivent guère comprendre le français ; je dois donc perdre encore un peu de temps à vous préciser que cette appellation m’a été suggérée par la pesanteur bien connue de vos pas et le bruit également très connu de vos bottes.

Vous avez de singuliers arguments, messieurs, pour propager l’idée que votre race est l’excellente : ce sont des arguments de cuir. Vous ajouterai-je, messieurs, pour me tourner enfin vers cette Allemagne que vous prétendez représenter, que je ressens tous les jours une très grande pitié pour mon frère, le travailleur allemand en uniforme. Vous avez assassiné, messieurs, mon frère, le travailleur allemand ; je ne refuse pas, ainsi que vous le voyez, d’être assassiné à côté de lui.

Armand Robin,
le 5 octobre 1943.

 

 


 

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